Réponse à un article paru dans Médecin de famille canadien

Des docteurs interprètent mal les preuves scientifiques sur « l’extraction minière d’uranium et la santé »

Les médecins de famille ont une part importante de responsabilité dans l’éducation du public et de leurs patients au sujet des risques pour la santé. Les conseils prodigués doivent reposer sur des preuves scientifiques probantes. Les commentaires formulés par les docteurs Dewar, Harvey et Vakil dans l’article Uranium Mining and Health (1) publié dans le numéro de mai 2013 de la revue Médecin de famille canadien contiennent des renseignements erronés et trompeurs, démontrant des préjugés personnels. Ces activistes antinucléaires connus se sont présentés à de multiples occasions devant la Commission canadienne de sûreté nucléaire (CCSN), et nous sommes contraints, à nouveau, de rétablir les faits et de fournir à vos lecteurs des renseignements exacts et objectifs.

Les docteurs Dewar, Harvey et Vakil ont mal cité une étude portant sur des travailleurs des mines d’uranium en France et en République tchèque, disant que l’étude a conclu à un excès de cancers du poumon, une réduction de la fonction pulmonaire et des cas d’emphysème découlant du rayonnement alpha provenant du radon et des produits de filiation du radon (2). En réalité, l’étude citée en référence n’a ni analysé, ni publié de constatations sur la réduction de la fonction pulmonaire ou l’emphysème. L’étude portait sur l’impact de la qualité des renseignements sur les expositions et les effets de facteurs de modification (âge de l’exposition, temps écoulé depuis l’exposition) sur le risque de cancer du poumon.

Les auteurs ont revendiqué à tort que les dangers des mines d’uranium pour les populations avoisinantes n’ont pas été étudiés. En fait, une recherche de base dans les documents de PubMed a produit six études relativement récentes sur l’incidence du cancer et la mortalité due au cancer chez les populations vivant près de mines d’uranium, d’usines de concentration d’uranium et d’installations de traitement de l’uranium (3-8). Ces études ont toutes conclu qu’il n’existe aucune preuve claire ou cohérente démontrant que les activités nucléaires ont des effets négatifs sur la santé des résidants.

Ces auteurs ont également allégué que les effets génétiques chez les humains ont clairement été observés, citant en exemple l’étude d’une cohorte à Kerala, en Inde, exposée à des niveaux plus élevés de rayonnement naturel, qui démontrait une augmentation des incidences de trisomie 21 et d’anomalies congénitales autosomiques dominantes (9). Toutefois, les auteurs ont négligé de mentionner que l’étude a conclu que le risque plus élevé était très probablement attribuable à une consanguinité géographique de la population. (9). En fait, de nombreuses études et des examens approfondis réalisés par des organismes scientifiques internationaux (10, 11) concluent de manière générale qu’aucun effet héréditaire chez les humains découlant de l’exposition au rayonnement n’a été explicitement décelé (10, 11, 12). Plus particulièrement, il n’existe aucune preuve statistiquement significative d’effets génétiques chez plus de 40 000 descendants des survivants de la bombe atomique (13). À ce jour, le risque de mortalité due au cancer et aux maladies non cancéreuses chez ces enfants n’a pas été associé à la dose de rayonnement reçu par le père ou la mère (14).

Enfin, les auteurs sèment la peur en disant que les sous-produits de l’uranium dans le secteur nucléaire sont utilisés pour fabriquer des armes nucléaires. Cela est tout simplement faux au Canada. Le Canada est signataire du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (1970), dont l’objectif est de prévenir la propagation des armes nucléaires. En tant qu’organisme de réglementation nucléaire du Canada, la CCSN contrôle rigoureusement les exportations nucléaires pour s’assurer qu’elles ne contribuent pas à la fabrication d’armes ou d’autres engins explosifs nucléaires.

Un des principes fondamentaux du mandat de la CCSN est d’informer objectivement le public en diffusant des renseignements scientifiques, techniques et réglementaires sur des questions de santé et de sécurité en lien avec le nucléaire; ce que les auteurs de ces commentaires ont malheureusement négligé de faire. Nous invitons vos lecteurs à visiter notre site Web pour consulter des études scientifiques et des renseignements exacts sur l’extraction minière d’uranium et la santé (http://www.nuclearsafety.gc.ca/fra/resources/health/index.cfm).

Patsy A. Thompson, Ph.D., directrice générale

Direction de l’évaluation et de la protection environnementales et radiologiques

Références

  1. Dewar, D., L. Harvey et C. Vakil. « Uranium mining and health », Can Fam Physician, vol. 59, no 5 (mai 2013), p. 469-471. Erratum publié dans : Can Fam Physician, vol. 59, no 7 (juillet 2013), p. 727.
  2. Tomasek, L., A. Rogel, M. Tirmarche, N. Mitton et D. Laurie. « Lung cancer in French and Czech uranium miners: radon-associated risk at low exposure rates and modifying effects of time since exposure and age at exposure », Radiat Res, vol. 169, no 2 (2008), p. 125-137.
  3. Chen, J., D. Moir, R. Lane et P. Thompson. « An ecological study of cancer incidence in Port Hope, Ontario from 1992 to 2007 », J Radiol Prot, vol. 33, no 1 (mars 2013), p. 227-242. DOI : 10.1088/0952-4746/33/1/227. Publication électronique, le 16 janvier 2013. PubMed PMID: 23324463.
  4. Boice, J.D. Jr, M.T. Mumma et W.J. Blot. « Cancer incidence and mortality in populations living near uranium milling and mining operations in grants, New Mexico, 1950-2004 », Radiat Res, vol. 174, no  5 (novembre 2010), p. 624-636. DOI : 10.1667/RR2180.1. Publication électronique, le 13 septembre 2010. PubMed PMID: 20954862.
  5. Boice, J.D. Jr, S.S. Cohen, M.T. Mumma, B. Chadda et W.J. Blot. « A cohort study of uranium millers and miners of Grants, New Mexico, 1979-2005 », J Radiol Prot, vol. 28, no  3 (septembre 2008), p. 303-325. DOI: 10.1088/0952-4746/28/3/002. Publication électronique, le 20 août 2008. PubMed PMID: 18714128.
  6. Boice, J.D. Jr, S.S. Cohen, M.T. Mumma, B. Chadda et W.J. Blot. « Mortality among residents of Uravan, Colorado who lived near a uranium mill, 1936-84 », J Radiol Prot, vol. 27, no  3 (septembre 2007), p. 299-319. Publication électronique, le 29 août 2007. PubMed PMID: 17768330.
  7. Boice, J.D. Jr, M.T. Mumma et W.J. Blot. « Cancer and noncancer mortality in populations living near uranium and vanadium mining and milling operations in Montrose County, Colorado, 1950-2000 », Radiat Res, vol. 167, no  6 (juin 2007), p. 711-726. PubMed PMID: 17523851.
  8. Boice, J.D. Jr, M. Mumma, S. Schweitzer et W.J. Blot. « Cancer mortality in a Texas county with prior uranium mining and milling activities, 1950-2001 », J Radiol Prot, vol. 23, no  3 (septembre 2003), p. 247-262. PubMed PMID: 14582717.
  9. Padmanabhan, V.T., A.P. Sugunan, C.K. Brahmaputhran, K. Nandini et K. Pavithran. « Heritable anomalies among the inhabitants of regions of normal and high background radiation in Kerala: results of a cohort study, 1988-1994 », Int J Health Serv, vol. 34, no  3 (2004), p. 483‑515.
  10. Commission internationale de protection radiologique. « Risk estimation for multifactorial diseases », ICRP Publication 83, Annals of the ICRP 29(3-4) , Pergamon Press, Oxford, 1999.
  11. UNSCEAR. « Hereditary Effects of Radiation », UNSCEAR 2001 Report, Comité scientifique des Nations Unies pour l’étude des effets des rayonnements ionisants, Rapport de 2001 à l’Assemblée générale, avec des annexes scientifiques, Organisation des Nations Unies, New York, 2001.
  12. UNSCEAR. « Sources, effects and risks of ionizing radiation », Volume II Scientific Annex B: Effects of radiation exposure of children, Rapport 2013 du UNSCEAR, Comité scientifique des Nations Unies pour l’étude des effets des rayonnements ionisants New York, Organisation des Nations Unies, 2013.
  13. Izumi, S., A. Suyama et K. Kodama. « Radiation-related mortality among offspring of atomic bomb survivors: a halfcentury of follow-up », Int. J Cancer, vol. 107 (2003), p. 292‑297.
  14. Izumi, S., K. Koyama, M. Soda et A. Suyama. « Cancer incidence in children and young adults did not increase relative to parental exposure to atomic bombs », Br. J. Cancer, vol. 89 (2003), p. 1709‑1713.